"Le (ou la) libraire est un commerçant comme les autres. Seulement un peu plus susceptible...Contraint de parler beaucoup pour convaincre, il n'espère pas gagner grand-chose à tant d'efforts. Subtilement condamné à l'ellipse,voire au silence s'il veut continuer à vendre,ce perturbateur du repos public dort mal. Que penser simultanément et en moins de trois minutes de Houellebecq,de Laurens,de Brialy, de Stephen King,de Deleuze, de Georges Sand et du dernier Mankell ? Ce don d'ubiquité,le pape lui-même ne l'a pas.

Un bon libraire doit être branché, au moins bon conducteur du courant. Il est sensible aux écarts de température. Trop chaud, il se liquéfie. Trop froid,devient gélif et s'effeuille. Il lui faut comme Gracq ou Rouaud un petit temps de pluie relatif,provincial et tristounet,propice à la lecture,à l'abandon discret au fauteuil inspiré du clan Campbell.

Les livres prennent alors un climat(dixit Maurois),un tanin, une saveu maltée. Attention, pendant les travaux de lecture de ses affidés,la vente continue. On le retrouve à la fin du dernier chapitre lors de notre passage hebdomadaire,en pleine bourre,ne sachant pas où donner de la tête. Entre-temps,lui n'a pas arrêté."

Extrait de " Mon libraire, sa vie, son oeuvre",

Patrick Cloud, Ed Le temps qu'il fait.

libraire

« Mon libraire est contagieux. Ne l’approchez pas, il pourrait vous donner l’envie de lire. »

Ce lexique de 80 entrées a été écrit par un ancien libraire sur un ton tour à tour précis, attendri, grave. Bien que délibérément subjectif, il est assez documenté, nourri d’expériences vécues et de franches rencontres pour permettre aux lecteurs de mieux saisir les quelques beaux enjeux de notre métier... à découvrir.